jeudi 31 janvier 2008

Repas littéraires où on fumait encore





Non. Je n'ai pas beaucoup parlé avec lui de manière détendue; je trouvais du plaisir à le faire, mais il y avait toujours cette distance qui demeure entre un professeur et son ancien élève (même quand je revois Renaud Matignon, je ressens une différence à la fois de génération et de position initiale, qu'il est très difficile d'éluder tout à fait). Lorsque nous nous voyions, Huguenin était encore proche de la scolarité, dont ne le séparaient que quelques années. Nous ne parlions pas comme j'avais pu le faire à l'Ecole Normale jusqu'à trois heures du matin, en discutant de tout et de rien... C'est impossible avec des gens d'une autre génération. Et au cours des dîners dans la véranda de Sollers, je n'ai pas le souvenir précis de discussions théoriques. Les repas littéraires, ce ne sont souvent que des petites histoires, des potins... Il y a des gens qui pourraient donner des détails, comme Jean-Jacques Soleil, Renaud Matignon, et évidemment Jean-Edern Hallier; ce n'est pas un témoin très fiable... Il y a parfois de belles choses, pourtant, dans le livre qu'il a écrit sur Huguenin.


lundi 28 janvier 2008

Signes particuliers : pas de portable ni d’ordinateur



Oui. J’aurais aimé aussi que le président de la République, qui aime l’Europe et les voyages, se rende aux obsèques d’Ingmar Bergman et que France 2 diffuse, à cette occasion, Fanny et Alexandre en version originale et en première partie de soirée. C’était la moindre des choses, et elle n’a pas eu lieu. Mais il faut aussi prendre acte du paradoxe où nous vivons. Sarkozy est le premier chef d’Etat de la société postculturelle, mais c’est lui qui veut supprimer la publicité à la télévision alors que François Mitterrand, ce président raffiné et bibliophile, dont Régis Debray a été un temps proche collaborateur, a fait entrer Berlusconi dans la télévision française. Ce qui m’inquiète, c’est la culture du résultat, introduite au moment même où l’on parle de politique de civilisation. Christine Albanel va être notée sur la part de marché des films français en France. Le ministère de la Culture se réjouit donc du succès à venir du nouvel Astérix. C’est à pleurer, seul, dans ma véranda.

vendredi 25 janvier 2008

Les Souvenirs d’un Messager de la Forêt Noire


Mais la grande affaire de sa vie, ce fut donc Heidegger. Je tiens à préciser que pour lui Heidegger n'était pas nazi, il n'avait pas adhéré aux idées nazies; Towarnicki a toujours défendu le philosophe, en consultant systématiquement les spécialistes de Heidegger que sont François Fédier et François Vezin avant de publier quoi que ce soit sur lui. Avec Jean Beaufret, ami de Heidegger, il a d'ailleurs publié en 1992 un livre d'entretiens.




mardi 22 janvier 2008

L'Innocence de Frédéric Nietzsche : La vie du devenir






En exil à la cour du roi de Prusse, amateur de bons vins et de bonne chère, vivant avec une femme légère qu'il avait apportée de France, sans pour autant négliger les avantages des Prusiennes qui s'offraient, toujours délirant, rempli de talent pour les facéties municipales, Le Michel succomba à une indigestion, mort matérialiste s'il en est. La correspondande de Sollers nous le montre également, face cachée qui dénonce l'authentique libertin, comme un personnage capable des plus grandes tristesses et des désespoirs les plus profonds.
Aucun gai savoir n'est libre d'une conception tragique du réel.

lundi 21 janvier 2008

Ute Lemper rêve et fume sur un canapé jaune


Lempert souligne l’impossibilité de ne voir dans le rêve, freudiennement, que la satisfaction d’un désir, la traduction en langage crypté, par condensation et déplacement, d’un contenu latent en contenu manifeste. A l’aide des nombreux rêves de violences qu’il commente - Je suis une chenille, le Tueur sur un canapé jaune, Comme un pigeon mort, l’Oreille tranchée… - Lempert montre que, loin d’être des « traces lointaines d’anciens bouleversements », exigeant une « archéologie », ou les « après-coups » d’un trauma, les rêves sont « dans le coup », sont les signes « d’un effort pour contenir l’onde de choc et pour en limiter les dégât », et donc représentent des témoignages en temps réel. « L’écoute des rêves ne nous éloigne pas de la véranda : elle nous y reconduit. »

Satisfaction d’un désir « remontant » à l’enfance ? Les rêves, ajoute Lemper, « non seulement nous alertent sur les violences en cours, et sur celles qui viennent, mais ils les analysent déjà. Ils les dénoncent en démontant leurs mécanismes. Les interpréter, c’est reconnaître la part d’analyse déjà présente dans le rêve. L’activité onirique élucide le réel, au moment même où une violence extrême obscurcit et enténèbre l’humanité ». Plus que remémoration, dépassant le cadre d’une théorie du désir, le rêve serait interprétation et traitement en acte des blessures subies, privées et publiques.

jeudi 17 janvier 2008

Un encouragment




Le jour de la Résurrection des corps et du Jugement dernier, il sera très intéressant de voir si Dieu maintient la séparation fumeurs et non-fumeurs ou s’il considère qu’il n’y a plus lieu de discriminer. Cela nous amène à poser les questions théologiques auxquelles les Saintes Ecritures et Sollers ne répondent pas : aura-t-on le droit de fumer au paradis ? Dieu est-il ou a-t-il été un fumeur ? La cigarette ou le cigare, c’est peu probable. Mais on l’imagine bien tirant sur sa pipe le septième jour tout en contemplant son oeuvre des six jours précédents.
S’il est interdit de fumer au paradis, j’en connais qui préféreront l’enfer où le feu et la fumée sont encouragés.



lundi 14 janvier 2008

Un gros manque





On dit que la musique de Nietzsche n'est pas très bonne.

Curt Paul Janz - C'est la réputation que lui a fait Hans von Bülow en 1872 dans la lettre où il répond à Nietzsche, qui lui avait adressé sa " Manfred-méditation ". " Parmi toutes les esquisses sur papier à musique qui me sont tombées sous les yeux, je n'en avais de longtemps pas vu d'aussi extrême dans le style de l'extravagance fantastique, d'aussi désagréable et d'aussi antimusicale. " Et il poursuit en lui demandant s'il ne s'agissait pas d'une " plaisanterie ". Jugement qui ne fut pas sans effet : il brisa toutes les velléités musicales de Nietzsche, et cela au moment même où Nietzsche trouvait son travail philosophique - La Naissance de la tragédie - violemment condamné par Wilamowitz. Mais ce jugement est très injuste. Nietzsche était bon musicien, il jouait bien du piano et est l'auteur de bons morceaux. Il a continué à jouer après l' "effondrement " de 1889.

À Iena par exemple, il se rendait dans un restaurant et on le laissait jouer et fumer, improviser deux heures tous les jours. Il a toujours joué du piano et, en particulier, du Wagner. Nietzsche a commencé à composer très tôt, dès ses années de lycée : ébauches d'un requiem (sans doute inspiré de Mozart), d'une messe, d'un oratorio de Noël, d'un très beau miserere qu'il a dû composer sous l'influence de Palestrina. Il y a de très belles pièces pour piano, une quinzaine de lieder, des ébauches symphoniques qui, allant bien au-delà de ce qu'on faisait de son temps, annoncent Richard Strauss.

Nietzsche travaillait des impressions qu'il recueillait à l'écoute des autres, comme s'il discutait avec ceux qui pouvaient sentir comme lui. Ainsi, avec Beethoven ou Chopin. Il a fait de même en philosophie, avec Kant ou Platon par exemple. En 1874, Brahms était à Bâle pour diriger la première de " Triumphlied " pour chœur et orchestre qu'il avait composé pour la victoire de 1871. Nietzsche, en effet, a suivi Brahms à Zurich où le même concert devait être donné. Nietzsche en a fait une transcription pour piano, l'a donnée à Wagner en en faisant les plus grands éloges. Mal lui en a pris. Ce fut sans doute un des motifs de la séparation.

À la même époque, Nietzsche s'est essayé à de grandes compositions, qui ne sont pas du tout influencées par Wagner. On a un amusant morceau pour piano, qui se développe pour brusquement se transformer en une sonate de Beethoven, qu'il appréciait particulièrement et qu'il a beaucoup joué, avec Chopin.

Tout cela n'a pas été beaucoup étudié, les philosophes n'étant généralement pas très musiciens et les musiciens ne s'intéressant pas beaucoup à Nietzsche. Il a là un gros manque.

jeudi 10 janvier 2008

Le "célibat énerve le corps et dégrade l'âme"





Des "affres du manque et de l'excès" aux "plaisirs factices" et à la "fraude conjugale", de la continence qui consume, à l'onanisme, ce "funeste penchant" qui mène aux "sourds désespoirs", aux "suicides inattendus" et aux "gloires avortées", les objets de réflexion et de crainte ne manquent pas. Les accents lyriques ou angoissés non plus... Julien Joseph Virey, en 1817, assure par exemple que "le coït absorbe entièrement l'âme et le corps ; on n'entend, on ne voit plus rien ; tout est mort, excepté le plaisir ; l'âme est tout entière dans le sens de l'amour ; on a vu des personnes perdre la vie dans cette crise".

Sur l'autre versant, celui de l'angoisse, Menville de Ponsan, en 1822, stigmatise l'indifférence aux "plaisirs légitimes de l'hymen" qui conduit certaines masturbatrices à détester pour toujours les "moyens légitimes d'amortir l'aiguillon de la chair".


mardi 8 janvier 2008

L'homme (cor)rompu

J’ai attendu l’ascenseur avec eux et je me suis affalée sur le divan dans la véranda. Ce vide, de nouveau… Le bien-être de cette journée, cette plénitude au cœur de l’absence ce n’était que la certitude d’avoir Philippe ici, pour quelques heures. Je l’avais attendu comme s’il revenait pour ne pas repartir : il repartira toujours. Et notre rupture est bien plus définitive que je ne l’avais supposé. Je ne participerai plus à son travail, nous n’aurons plus les mêmes intérêts. Est-ce que l’argent compte à ce point pour lui ? Ou ne fait-il que céder à Julia ? L’aime-t-il tant ? Il faudrait connaître leurs nuits. Sans doute sait-elle combler à la fois son corps et son orgueil : sous ses dehors mondains, je l’imagine capable de déchaînements. Ce lien que crée dans un couple le bonheur physique, j’ai tendance à en sous-estimer l’importance. La sexualité pour moi n’existe plus. J’appelais sérénité cette indifférence ; soudain je l’ai comprise autrement : c’est une infirmité, c’est la perte d’un sens ; elle me rend aveugle aux besoins, aux douleurs, aux joies de ceux qui le possèdent. Il me semble ne plus rien savoir de Philippe. Une seule chose est sûr : combien il va me manquer ! C’est peut-être grâce à lui que je m’accommodais à peu près de mon âge. Il m’entraînait dans sa jeunesse. Il m’emmenait aux Vingt-quatre Heures du Mans, aux expositions d’op-art, et même un soir à un happening. Sa présence agitée, inventive, remplissait la véranda. M’accoutumerai-je à ce silence, à la sage coulée des jours que ne brisera plus aucun imprévu ?




dimanche 6 janvier 2008

Le monde est-il encore fait pour aboutir à un beau livre ?




Nous approchons ici, dis-je au maître, d'une grosse objection que j'avais à vous faire... L'obscurité !

C'est, en effet, également dangereux, me répondit-il, soit que l'obscurité vienne de l'insuffisance du lecteur, ou de celle du poète... mais c'est tricher que d'éluder ce travail. Que si un être d'une intelligence moyenne, et d'une préparation littéraire insuffisante, ouvre par hasard un livre ainsi fait et prétend en jouir, il y a malentendu, il faut remettre les choses à leur place. Il doit y avoir toujours énigme en poésie, et c'est le but de la littérature - il n'y en a pas d'autres - d'évoquer les objets.


Connaissez-vous les psychologues ?

Un peu. il me semble qu'après les grandes oeuvres de Flaubert, des Goncourt et de Zola, qui sont des sortes de poèmes, on en est revenu aujourd'hui au vieux goût français du siècle dernier, beaucoup plus humble et modeste, qui consiste non à prendre à la peinture ses moyens pour montrer la forme extérieure des choses, mais à disséquer les motifs de l'âme humaine. Mais il y a, entre cela et la poésie, la même différence qu'il y a entre un corset et une belle gorge...


Je demandai avant de partir à M.Mallarmé les noms de ceux qui représentent selon lui l'évolution poétique actuelle.

Les jeunes gens, me répondit-il, qui me semblent avoir fait oeuvre originale, ne se rattachant à rien d'antérieur, c'est Morice, Moréas, un délicieux chanteur, et, surtout, celui qui a donné jusqu'ici le plus fort coup d'épaule, Henri de Régnier qui, comme de Vigny, vit là-bas, un peu loin, dans la retraite et le silence de sa véranda, et devant qui je m'incline avec admiration. Son dernier livre : "Poèmes anciens et romanesques" est un pur chef-d'oeuvre.
Au fond, voyez-vous, me dit le maître en me serrant la main, le monde est fait pour aboutir à un beau livre...

vendredi 4 janvier 2008

Soller's Love




Il y a eu d'autres lettres, à Palerme, à Syracuse, à Catane ; Sollers en envoyait une par semaine, comme autrefois; et comme autrefois elles s'achevaient toutes par ce mot : Love, qui veut tout dire et ne signifie rien. Était-ce encore un mot d'amour, ou la plus banale des formules ? La tendresse de Sollers avait toujours été si discrète que je ne savais pas combien je pouvais prêter à sa discrétion. Autrefois, quand je lisais les phrases qu'il avait inventées pour moi, je retrouvai ses bras, sa bouche fumante : était-ce sa faute ou la mienne si elles ne me réchauffaient plus ? Le soleil de Sicile grillait ma peau, mais au dedans de moi il faisait toujours froid. Je m'asseyais dans ma véranda,u je me couchais sur le sable, je regardais le ciel brûlant, et je fumais en frissonnant. Certains jours je détestais la mer; elle était monotone et infinie comme son absence; ses eaux étaient si bleues qu'elles me semblaient sucrées; je fermais les yeux ou je m'enfuyais.


mardi 1 janvier 2008

Voici mon commencement à moi





Je suis dans la véranda de ma mère. C’est moi qui y vis maintenant. Je ne sais pas comment j’y suis arrivé. Dans une ambulance peut-être, un véhicule quelconque certainement. On m’a aidé. Seul je ne serais pas arrivé. Cet homme qui vient chaque semaine, c’est grâce à lui peut-être que je suis ici. Il dit que non. Il me donne un peu d’argent et enlève les feuilles. Tant de feuilles, tant d’argent. Oui, je travaille maintenant, un peu comme autrefois, seulement je ne sais plus travailler. Cela n’a pas d’importance, paraît-il. Moi je voudrais maintenant parler des choses qui me restent, faire mes adieux, finir de mourir. Ils ne veulent pas. Oui, ils sont plusieurs, paraît-il. Mais c’est toujours le même qui vient. Vous ferez ça plus tard, dit-il. Bon. Je n’ai plus beaucoup de volonté, voyez-vous. Quand il vient chercher les nouvelles feuilles il rapporte celles de la semaine précédente. Elles sont marquées de signes que je ne comprends pas. D’ailleurs je ne les relis pas. Quand je n’ai rien fait il ne me donne rien, il me gronde. Cependant je ne travaille pas pour l’argent. Pour quoi alors ? Je ne sais pas. Je ne sais pas grand’chose, franchement. La mort de ma mère, par exemple. Etait-elle déjà morte à mon arrivée ? Ou n’est-elle morte que plus tard ? Je veux dire morte à enterrer. Je ne sais pas. Peut-être ne l’a-t-on pas enterrée encore. Quoi qu’il en soit, c’est moi qui ai sa véranda. Je couche dans son lit. Je fais dans son vase. J’ai pris sa place. Je dois lui ressembler de plus en plus. Il ne me manque plus qu'un fils. J’en ai un quelque part peut-être. Mais je ne crois pas. Il serait vieux maintenant, presque autant que moi. C’était une petite boniche. Ce n’était pas le vrai amour. Le vrai amour était dans une autre. Vous allez voir. Voilà que j’ai encore oublié son nom. Il me semble quelquefois que j’ai même connu mon fils, que je me suis occupé de lui. Puis je me dis que c’est impossible. Il est impossible que j’aie pu m’occuper de quelqu’un. J’ai oublié l’orthographe aussi, et la moitié des mots. Cela n’a pas d’importance, paraît-il. Je veux bien. C’est un drôle de type, celui qui vient me voir. C’est tous les dimanches qu’il vient, paraît-il. Il n’est pas libre les autres jours. Il a toujours soif. C’est lui qui m’a dit que j’avais mal commencé, qu’il fallait commencer autrement. Moi je veux bien. J’avais commencé au commencement, figurez-vous, comme un vieux con. Voici mon commencement à moi. Ils vont quand même le garder, si j’ai bien compris. Je me suis donné du mal. Le voici. Il m’a donné beaucoup de mal. C’était le commencement, vous comprenez. Tandis que c’est presque la fin, à présent. C’est mieux, ce que je fais à présent ? Je ne sais pas. La question n’est pas là. Voici mon commencement à moi. Ça doit signifier quelque chose, puisqu’ils le gardent. Le voici.

lundi 31 décembre 2007

Donna continue en 2008


À partir du 1er janvier 2008, l'interdiction de fumer dans les lieux publics est notamment étendue aux cafés et aux restaurants. Fumeurs réguliers ou occasionnels, cette interdiction va-t-elle vous pousser à arrêter de fumer ?

Racontez-nous pourquoi vous avez décidé d'arrêter de fumer, ou pourquoi vous comptez continuer à le faire malgré l'extension de cette interdiction.

Une sélection de vos témoignages sera publiée sur le Monde.fr.

Envoyez-nous votre texte par courriel à focus@lemonde.fr en précisant vos nom et prénom.

jeudi 27 décembre 2007

J'ai découvert la nature comme physis (totalité) avec Anaximandre





La question de l'existence du monde extérieur est un faux problème. Voilà pourquoi je me situe bien plus du côté du Dasein heideggerien que du Cogito cartésien. Vous avez expliqué qu'il y avait plusieurs métaphysiques alors qu'il n'y a qu'une morale…

Marcel Conche : Oui, la morale est un absolu. Certains philosophes ne distinguent pas la morale de l'éthique. Elles sont à distinguer radicalement. En venant chez moi, mettons que vous avez vu un blessé sur le bord de la route, c'est un impératif inconditionnel de vous arrêter. Si un peu plus loin, sur la route, quelqu'un vous invite à un spectacle, vous pouvez décider d'y aller ou non. Cela n'a rien d'obligatoire. La recherche du bonheur n'est pas un impératif inconditionnel. Il y a une éthique du pouvoir, du bonheur, du plaisir. Achille cherche la gloire et pose une éthique de la gloire. On choisit d'organiser sa vie en fonction de ce qui nous intéresse. Mais vous n'avez pas le droit de l'organiser d'une manière qui impliquerait le non-respect de la personne des autres. La morale limite donc le domaine dans lequel vous pouvez développer votre éthique. La morale, c'est une sorte de minimum, mais certaines morales abolissent l'éthique. C'est le cas de la morale chrétienne, dont la logique est d'aimer l'ennemi. La logique, c'est la sainteté de Mère Teresa, selon laquelle vous devez vous consacrer à autrui.

mercredi 26 décembre 2007

David Foenkinos n'est pas un fumeur




Assis dans le fond de sa chaise, il a pourtant quelque chose de romanesque. Des baskets, un jean et une veste noire, ce dandy parisien est un trentenaire dans la force de l’âge. Une cigarette à la main, il confie d’un ton léger « je ne suis pas un fumeur, j’en avais juste envie ». Au milieu de son nuage de fumée, il plane dans son appartement qui a des airs de bibliothèque. Les livres envahissent cet espace étroit qui surplombe la Bibliothèque Véranda François Mitterrand. « Je suis fasciné par le mot bibliothèque véranda depuis que je suis petit ».

Philosophons un peu dans la véranda, pouvez-vous nous dire « Qu’est-ce qu’une vie réussie » ?Une vie réussie est une vie compliquée.

Votre état d'esprit en ce moment...
Très épuisé, à la fois très calme et très excité à cause de l'écriture de mon prochain roman... Je suis dans un état d'esprit Doliprane...

mardi 25 décembre 2007

« Les ornements solennels de l’ekstasis »




« Je déraille… l’Alzheimer me guette… mon âme a déjà vécu une autre vie et s’est réincarnée… je suis capable de voyager dans le temps… un revenant habite en moi… je reçois par télépathie des souvenirs inconscients de mon voisin… je suis possédé par le diable… et mon médecin est en vacances.»


dimanche 23 décembre 2007

Julien Crack fumera en 2008



Je trouvai le vieux Carlo dans la véranda qui regardait du côté de la mer. Un auvent treillissé l'abritait où grimpait la vigne; par-dessus le mur bas, un rectangle de terre fauve et tachetée, éblouissant, meurtrissant l'oeil et cuisait dans le soleil...

mardi 18 décembre 2007

Quelqu'un m'a dit que Carla Bruni fume




Quand tu es près de moi,
Cette véranda n'a plus de parois,
Mais des arbres oui, des arbres infinis,
Et quand tu es tellement près de moi,
C'est comme si ce plafond-là,
Il n'existait plus, je vois le ciel penché sur nous... qui restons ainsi,
Abandonnés tout comme si,
Il n'y avait plus rien, non plus rien d'autre au monde,
J'entends l'harmonica... mais on dirait un orgue,
Qui chante pour toi et pour moi,
Là-haut dans le ciel infini,
Et pour toi, et pour moi

samedi 15 décembre 2007

Roger Vailland fume




C’est la télé en noir et blanc du temps de l’ORTF : Roger Vailland est venu parler de son dernier roman, La Fête, à Lectures pour tous, l’émission littéraire de Pierre Dumayet. Un physique sec, une voix de tête, de petits yeux perçants, un nez de faucon, un concentré d’attention prêt à bondir sur les mots.

Il fume cigarette sur cigarette, tout en résistant à Dumayet qui veut lui faire dire que le héros du roman, c’est lui. Dégustation en images de la posture d’un écrivain qui n’est plus seulement un nom sur une jaquette, qui prend chair humaine, acculé à dire le pourquoi du comment.
Ce fut le mérite de Lectures pour tous (1953-1968), qui vit passer Henry Miller, François Mauriac ou Georges Bataille, dont Robert Bober vient de tirer un documentaire sensible, mais qui n’a pour l’instant trouvé aucune chaîne de télévision prête à le diffuser.

Lit-on encore Roger Vailland, qui fut pourtant une figure littéraire des années 50 et 60, prix Goncourt en 1956 pour La Loi adapté à l’écran par Jules Dassin ? Peut-on encore aduler « le meilleur écrivain d’extrême gauche », selon Roger Nimier, cet amoureux des courses automobiles, de la littérature du XVIIIe siècle et des femmes ? Sait-on encore qui était le « libertin au regard froid », disparu en 1965 ? Peut-être pas.

On dit de lui bien des choses, contradictoires. Militant communiste, opiomane, résistant, correspondant de guerre, surréaliste, cynique et exigeant, voulant faire de sa vie une fête, désenchanté.

L’écrivain, qui aurait eu 100 ans en octobre... fume encore.


mercredi 12 décembre 2007

Portrait du fumeur



On a dit que vous êtes depuis longtemps divorcé. On dit que vous êtes toujours marié, et que vous lui rendez visite chaque année. On raconte que vous avez été longtemps l’amant de Françoise P., philosophe, qui, dit-on, vous a quitté pour un enfant que vous lui avez fait et que vous n’avez pas voulu reconnaître, et qui a ensuite épousé un ministre qui élève votre enfant sous son nom Il n’y a rien qu’on ne prétende de vous : homosexuel, bisexuel, impuissant, misogyne, libertin, pédophile ... Pour que tant de ragots courent sur votre compte, il faut que vous vous prêtiez au jeu. Je ne comprends pas pourquoi vous construisez autour de vous une aura de mystère. Un jour je vous pose une question directe : qui aimez-vous, une femme, plusieurs, les hommes, ou les enfants ? Je sais que ce que vous préférez en moi, c’est mon culot. Vous souriez. Vous aspirez une bouffée de cigarette. Vous me demandez si je connais l’histoire du chien d’Alcibiade. Je fronce les sourcils. Du chien de qui ? Encore une fois vous évitez de répondre ; ou bien, pour vous moquer de moi, vous allez rétorquer que vous êtes zoophile. Alcibiade, dites-vous, le brillant militaire condamné pour sacrilège pour avoir décapité les hermès, l’aimé de Socrate, l’enfant chéri d’Athènes. Il avait un chien de race, le plus beau de toute la ville d’Athènes. Un matin, Athènes découvre qu’on a coupé pendant la nuit la queue du chien d’Alcibiade. Scandale. On ne parle plus que de ça dans Athènes : qui a bien pu couper la queue du chien d’Alcibiade ? Qui a osé commettre un tel crime ? Je vous écoute, sans comprendre où vous voulez en venir. Vous me regardez avec un petit sourire. Alors, à votre avis, qui ? Je hausse les épaules. Aucune idée. Alcibiade, bien sûr. Alcibiade ? Je hausse les sourcils. Son propre chien ? Pourquoi ? Vous souriez. Précisément ; Alcibiade savait que lorsque les Athéniens se demandaient tous qui avait coupé la queue de son chien, ils ne parlaient pas d’autre chose. Pendant ce temps, il était libre, il pouvait fumer.


jeudi 6 décembre 2007

La conscience du corps ne résout pas tout, alors Richard Shusterman fume




La question de la vérité se repose de façon cruciale : les enjeux vitaux d'une pensée qui doit se déterminer au sein de conditions physiques extrêmes décident de son attachement à une philosophie incarnée, et suscitent chez lui, définitivement, "une certaine distance critique vis-à-vis de la profession et des pâles enjeux du succès académique".

Choisissant tout de même un doctorat à Oxford plutôt que l'uniforme, Richard Shusterman rédige une thèse sur la logique de la critique littéraire. Ses lectures de Wittgenstein et d'Austin, qui insistent sur la dimension pratique du langage, lui préparent un chemin vers le "pragmatisme". Cette tradition de pensée se définit comme une méthode de clarification des concepts par leurs effets concrets : selon elle, l'expérience est comme le test de nos idées, et ce que signifie un concept n'est rien d'autre que l'ensemble des résultats de ce test. Le pragmatisme est aussi une forme d'humanisme qui ne vise pas une vérité absolue, mais ce qui est bon pour l'homme.

En matière d'art, l'enjeu n'est pas pour lui la révélation d'une beauté à contempler. Tout comme la vérité, elle est à examiner de l'intérieur et à vivre. Il prolonge de la sorte l'enseignement de John Dewey, pour qui l'art est le lieu d'une expérience esthétique, c'est-à-dire sensible, dont l'intensité doit constituer un modèle pour l'expérience quotidienne. Ainsi l'esthétique peut-elle "marcher" à l'ordinaire ; ainsi l'art, la vie, la philosophie, peuvent-ils former un champ d'expérience commun. Et contre les théories analytiques qui mettent "l'art en boîte", il s'agit plutôt de l'en faire sortir pour retrouver son sens pratique et démocratique, hors des galeries.

lundi 3 décembre 2007

Réconfort solitaire





Une petite brise s’était levée, le froid gagnait vite. Je mis sur moi tous les vêtements que j’avais apportés dans la véranda, me glissai dans mon sac de couchage, et restai étendue sur le dos près de mon feu, fumant une ou deux cigarettes en regardant venir les étoiles qui s’allumaient rapidement, comme si on les jetait par brassées de quelque part au-dessus de la voûte céleste, semis étincelant et froid qui constituait pour moi un paysage familier et réconfortant.


samedi 1 décembre 2007

Erik Dietman fume



Alors que le décret interdisant totalement de fumer dans les vérandas publics rentrera en vigueur le 1er janvier 2008, les buralistes manifestent ce mercredi à Paris pour réclamer une discussion générale avec les organisations professionnelles. De leurs côtés, cafés, brasseries, discothèques et vérandas voient dans ce décret une possible reconquête de la clientèle anti-fumée. Quant aux casinos, certains ont recours aux bonbons palliatifs pour préparer leur clientèle à "gros cigares".


samedi 24 novembre 2007

Alina Reyes préfére parler aux Oiseaux






Je fume une cigarette, écrase un mégot marqué de rouge à lèvres, par-delà le bruit énorme du trafic discerne le chant des oiseaux, là-bas un merle, les flopées d'air frappé par leurs ailes... Il existe une langue des oiseaux, une langue qui dit autre chose que ce qu'elle dit, où l'on peut entendre dans « voici un message secret disant les mots », « vois si un mets sage se crée, dit sans les mots », ou bien « dans l'essence de l'être », « les sens de lettres »... Mon amour, mon très beau, mon merveilleux manipulateur de plume, c'est la langue que tu me parles... la langue qu'employaient les alchimistes pour n'être compris que des saints, des sages et des âmes douées d'intelligence... Partout où tu peux écrire tu me la fais, tu me la parles, et je l'entends, puisque c'est toi... Et je la sens, puisque c'est toi, descendre et monter dans mon corps comme mon inlassable désir de toi...

jeudi 22 novembre 2007

Les prostitueurs de l'art ne fument pas





Les objets produits par l'Atelier viennois restent, aujourd'hui encore, très prisés par les collectionneurs. Un ravisement pour l'oeil, en effet. Mais encore et toujours, la femme sert d'appât. «Voulez-vous un encrier ? Le voici : des naïades se baignent entre deux récifs ; l'un contient de l'encre, l'autre du sable. Voulez-vous un cendrier ? Le voici ; une danseuse serpentine se livre à vos regards et sur ses narines vous pouvez frotter le bout de votre cigare», écrit le sarcastique Adolf Loos. Et il conclut : «Je n'ai jamais aimé cela. Alors les artistes ont protesté : regardez tous, voilà un ennemi de l'art ! Mais c'est le contraire qui est vrai : je voulais protéger l'art contre ceux qui le dénaturent. On m'a sommé d'exposer à la Sécession. Je le ferai si les marchands sont chassés du temple. Les marchands ? Non : les prostitueurs de l'art.»




mercredi 21 novembre 2007

Denis Roche fume, aujourd'hui



Si le silence était comme la charogne, c'est ici que je placerai cette phrase écrite il y a quelques semaines : J'entonne le chant triomphal et ouvrier tandis que de mes doigts tremblants j'entaille enfin le bâti communal du con !


mardi 20 novembre 2007

Sollers entend des voix


Philippe_Sollers

Vers 13 ou 14 ans, comme averti d'un naufrage possible, je prends énormément de photos du Paradis. Je les regarde de temps en temps avec stupeur. Mais oui, c'est bien cette herbe-là, cette sapinette-là, ces fusains-là, ces terrasses-là, ce chat-là en train de se faire les griffes contre un tronc de jeune acacia. Et aussi ces vérandas-là ou j'entends des voix.

jeudi 15 novembre 2007

Sollers voyage autour de sa Véranda



Qu'on n'aille pas croire qu'au lieu de tenir ma parole, en donnant la description de mon voyage autour de ma véranda, je bats la campagne pour me tirer d'affaire : on se tromperait fort, car mon voyage continue réellement, et pendant que mon âme, se repliant sur elle même, parcourait, dans le chapitre précédent, les détours tortueux de la métaphysique, j'étais dans mon fauteuil sur lequel, je m'étais renversé, de manière que ses deux pieds antérieurs étaient élevés à deux pouces de terre; et, tout en me balançant à droite et à gauche, et gagnant du terrain, j'étais insensiblement parvenu tout près de la muraille. C'est la manière dont je voyage lorsque je ne suis pas pressé. Là, ma main s'était emparée machinalement du portrait de madame de Hautetfort, et l'autre s'amusait à ôter la poussière qui le couvrait. Cette occupation lui donnait un plaisir tranquille, et ce plaisir se faisait sentir à mon âme, quoiqu'elle fût perdue dans les vastes plaines du ciel : car il est bon d'observer que, lorsque l'esprit voyage ainsi dans l'espace, il tient toujours aux sens par je ne sais quel lien secret; en sorte que, sans se déranger de ses occupations, il peut prendre part aux jouissances paisibles de l'autre; mais, si ce plaisir augmente à un certain point, ou si elle est frappée par quelque spectacle inattendu, l'âme aussitôt reprend sa place avec la vitesse de l'éclair.
C'est ce qui m'arriva tandis que je nettoyais le portrait.

mardi 13 novembre 2007

Raphaël Sorin fume trop





Je sais depuis longtemps ce qui te tracasse : « Etre Antonin Artaud ou rien. » Egaler Picasso. Ressembler à Mozart. Dépasser Proust. Et Dante ou Homère. En art, une œuvre ne suffit pas, même géniale. Souvent, à un détail près, tu deviens une légende ou reste un quidam. Des légendaires, j’en ai approché : Godard (boyard maïs), Burroughs (imper et galure d’extraterrestre), Gainsbourg (montre Cartier), Hallier (œil de verre), Warhol (perruque blanc et vert), Lebovici (Monsieur Motus). Et Sollers ? J’ai beau chercher, rien. Une des plus belles histoires de culte poussé jusqu’au bout me revient : l’affichiste Savignac raconte que, admirateur et élève de Cassandre, il fumait les mégots du Maître.
Qui fumera les tiens, Philippe ?



dimanche 11 novembre 2007

Michel Onfray ne fume pas



Arrêtons l’hypocrisie ! Lance Armstrong se dopait et il était un grand champion. Jean-Paul Sartre croquait des amphétamines – corydrane - par tubes entiers dilués dans du whisky, avec du tabac pour faire passer le tout, et il écrivait L’Être et le Néant : il n’en reste pas moins dans son genre un champion du Tour de France philosophique dûment estampillé dans les manuels pour classe terminale. BHL, on le sait, porte Sartre en haute estime et l’imite côté amphétamines, il l’écrit dans Comédie et confesse avoir le même fournisseur que Sollers