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mardi 17 mai 2011

Le « corps propre » de DSK



Venons-en à votre pensée. Votre conception du corps ne recoupe pas l'acception commune. Quelle est-elle ?
Je parle du corps comme de l'ensemble des facultés, des ressources et des forces, connues et inconnues de nous, que nous avons à notre disposition ou qui nous déterminent. Je crois que cela correspond assez bien à ce que Tchouang-tseu exprime à sa façon si étonnante et si juste. Mais cette définition me permet aussi de rendre compte de ma propre expérience de façon plus cohérente que les idées dont je disposais avant. Il rend d'ailleurs inutile la notion d'inconscient : le corps tel que je l'entends comprend en lui-même une dimension d'inconnu, d'où le nouveau peut surgir.


Tchouang-tseu, affirmez-vous, nous fournit un nouveau paradigme du sujet. Quel est-il ?
Tchouang-tseu considère la subjectivité comme un va-et-vient entre le virtuel et l'actuel. Le virtuel, c'est la réserve d'où sortent nos pensées et nos actes. L'actuel, c'est le domaine dans lequel nos pensées et nos actes prennent forme et deviennent conscients. Dans le Tchouang-tseu, le virtuel est présenté tantôt comme un grand vide, tantôt comme une confusion obscure et féconde,ce qui est conforme à l'expérience que nous en avons. Je pense à ces états de distraction profonde dans lesquels je m'installe lorsque je dois prendre une décision : je fais le vide afin que l'acte se fasse. Tchouang-tseu attache une importance primordiale à ce va-et-vient. Qui sait régresser et retourner à l'indéfini, dit-il, se ressource et se renouvelle. Celui qui en est incapable et s'enferme dans l'actuel, au contraire, meurt. Mais cette idée est déconcertante pour nous, Occidentaux, qui considérons le sujet comme une instance stable et permanente.
 
Vous reprenez la question du corps là où Merleau-Ponty l'a laissée…
Chez lui, il y a le « corps objet » et le « corps propre ». Le « corps propre » est mon corps tel que je le sens quand je suis immobile. Or, cette notion ne rendait pas compte de ce que j'ai observé de l'intérieur durant mon apprentissage de la calligraphie : comment se forment nos gestes, quel rôle ils jouent dans notre activité, comment cette activité se transforme quand nous passons d'un degré de maîtrise à un autre, comment se modifie de façon concomitante notre rapport à nous-mêmes et au monde extérieur. Au corps propre, j'ai donc ajouté « le corps actif » – ce qu'il est pour nous quand nous agissons –, et le « corps créateur » – ce qu'il est quand de notre action surgit du nouveau. Ce sont là des domaines de l'expérience que les phénoménologues n'ont pas explorés et qui nous renvoient à un régime supérieur de l'activité.



dimanche 4 juillet 2010

Jean-Paul Sartre et Robert Gallimard fument



Le constat est le suivant : d'un côté, « on se met à plat ventre devant la beauté comme jamais auparavant », remarque Elsa Zylberstein dans son savoureux dialogue avec Pascal Bruckner – et ce n'est pas le triomphe de la mode, de la chirurgie plastique, de la propagande people qui la contredira. D'un autre côté, après un siècle de furieuse déconstruction de tous les jugements, la philosophie ne dispose plus d'aucun critère objectif pour définir ce que veut dire « être beau ». Est-ce se faire souffrance pour se conformer aux standards esthétiques du moment ? Ou, au contraire, insiste André Comte-Sponville après Spinoza, sommes-nous beaux seulement lorsque nous brillons dans les yeux de celui qui nous aime ? À moins qu'il ne s'agisse, comme le suggère le fin connaisseur du Tao, Jean François Billeter, d'accéder à un suprême oubli de soi…