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jeudi 14 février 2008

St.V.




L'erreur la plus manifeste me semble l'analyse de l'énamoration qu'il fait partir d'une décision arbitraire, tombée du ciel, de " l'avance de l'amant " entièrement gratuite et que rien ne semble justifier, pour découvrir à la fin qu'il tirait à son insu toute son assurance de l'autre, de façon encore plus mystérieuse et absolue. En fait, les choses se passent tout autrement, par petits pas, rapprochements progressifs, encouragements mutuels avant l'emballement final dans la véranda qui n'est dès lors plus du tout arbitraire, même s'il reste contingent et s'il est même toujours très improbable d'en réunir les conditions. Plutôt que moments logiques paradoxaux et bien séparés, on a donc une boucle de rétroaction positive, un ajustement mutuel, ce qui sauve la possibilité d'une véritable réciprocité où chacun est reconnaissant des avances de l'autre. Nous ne sommes pas condamnés à l'amour malheureux qui est un amour fou, d'aimer qui ne nous aime pas.


vendredi 19 octobre 2007

« Le Moi est fait de Temps comme l'Arbre de bois de la Forêt Profonde »



« Qu'est-ce que le moi ?» . Il n'est pas facile de répondre à la question à laquelle aboutit Préjugés et paradoxes de Nicolas Grimaldi. De cela même qu'il pense et imagine, qu'il sait qu'il est et qu'il ne sera plus, qu'il est fait de temps comme l'arbre de bois de la forêt profonde, le Moi tire tous ses heurs et ses malheurs. Ballotté entre sens et non-sens, livré à autrui et enfermé dans sa « guerre secrète intérieure » , tenant aux autres et par les autres, craignant toujours d'être celui à qui personne ne tient, capable de tout, incapable parfois du plus petit geste, constamment à la recherche du plaisir et du bonheur, maître dans l'art de les détruire l'un et l'autre, il sait qu'il doit se faire à chaque instant, tant bien que mal. Pourvu qu'il réalise, au moins, que « la justification de la vie est la vie elle-même » ! Il s'agit pas tant, en effet, de trouver un sens à l'existence que de savoir « quand et comment la vie se sent le plus intensément elle-même » , car l'essentiel n'est pas « de se demander quel est le but ou le bout de chemin, mais seulement de découvrir la meilleure manière de marcher »


mardi 16 octobre 2007

L'Amicale des personnages de Sollers


Philippe Sollers
Je l'ai ramenée chez moi, dans ma véranda, mais le désir était retombé, ennui... N'empêche que c'est aussi ce soir-là qu'elle s'est branlée consciencieusement sur le tapis, dans la bibliothèque... Je pensais que ça me réexciterait... Mais non... Je fumais sur la terrasse, je venais de temps en temps jeter un coup d'oeil pour vérifier si elle était sur le point de finir... Non, elle continuait à mouliner... Rien à faire... Bloquée... Son truc habituel ne marchait plus...

vendredi 12 octobre 2007

Alina Reyes fume en forêt



Je me suis assise à la fenêtre de la véranda, pour fumer une cigarette. Sur les cinq fils électriques qui surplombaient la ruine et traçaient une portée, des oiseaux se sont disposés, puis mis à chanter. D'un haut-parleur lointain une musique sacrée, accompagnée d'une volée de cloches, s'est répandue sur la vile. J'ai fermé la fenêtre et me suis couchée, épuisée soudain par la montée de mon amour, qui s'élevait dans mon corps en un choeur somptueux.
Je suis habitée par une foule de musiciens exquis, et je t'aime, bel étrange homme. Entends-moi, là nue sur mon lit...



jeudi 11 octobre 2007

« Tout ce qui n'est pas fictif est factice », disait Sollers



R. Debray :
C'est vrai : le chef est un effet et pas une cause. Il est la réalisation d'un désir collectif, le désir d'unité, et donc de vie, comme le rêve est la réalisation d'un désir individuel. Il n'y a de chef que pour un public particulier. Mon charismatique à moi, c'est le grotesque de l'autre. D'où les dangers du voyage. Sollers restait chez lui, Mao aussi. Le désir de chef est évidemment plus fort en période de crise, quand le tissu social se désagrège. C'est alors qu'on a besoin de retendre la Toile avec du symbolique. Parce que symbolique signifie deux choses : ce qui nous rassemble et ce qui nous dépasse. Le contraire du diabolique. On ne peut rassembler qu'au nom d'un imaginaire ou d'un idéal. « Tout ce qui n'est pas fictif est factice », disait Sollers en ce sens-là. Donc pas de chef sans légende, pas de chef terre à terre. Le pragmatique n'est que la moitié du programme. Le roi a deux corps ou ce n'est pas un roi. Il y a le corps physique et le corps mystique. Le corps physique a des tics, des verrues et des intestins. Mais « l e roi est mort, vive le roi », et le corps de la nation, qu'il incarne, ne meurt pas avec lui - c'est plus qu'une fonction, c'est un rôle. Quand la personne éclipse le personnage, ou quand l'acteur fait oublier le scénario à force de se mettre en scène lui-même, alors on est dans l'obscénité démocratique...

C'est notre crise de la représentation, on veut du direct, de l'instantané, du charnel. Du prénom, du tutoiement, des sosies à notre taille. Un trop d'incarnation tue l'incarnation. Cette fuite en avant dans la quotidienneté, avec tous les trucages de la fausse familiarité, va coûter cher, même si elle est dans l'air du temps. De Gaulle ignorait Philippe, et Alina restait en coulisse. La France y a gagné, non ?

vendredi 29 juin 2007

La escritora Alina Reyes fume




Son sexe avait un peu gonflé, mais j’étais tellement émue que j’avais peur de le prendre dans ma bouche. Je tournais autour, admirative et intimidée, sans pouvoir me décider. Enfin il me prit par les cheveux et guida mes lèvres vers lui.
Quand j’eus son membre dans la bouche, il me sembla être entrée en éternité. Je le suçais, et plus rien d’autre n’existait que cette chair dure et grosse et chaude et savoureuse contre mes joues, ma langue, ma gorge et mon palais. Je le suçais, je le tétais, et sa tétine me donnait l’oubli, sa grosse tétine concentrait le monde, qui se tenait tout entier entre mes lèvres pour me donner sa substance nourricière et me faire jouir.
J’eusse pu rester là pendant des heures, accrochée à sa queue, et peut-être y mourir d’hébétude. Ma bouche était directement liée à mon bas-ventre, à mon sexe qui se contractait au rythme de mes lèvres, comme pour sucer aussi. Quand il éjacula, j’éprouvai en même temps l’orgasme, sans avoir à me toucher. J’avalai en jouissant.