mardi 30 juin 2009

Grand Beau Soleil


On devrait, chaque année, proposer aux femmes de peindre une Judith et Holopherne. Il y aurait un prix. Ce serait une avancée décisive pour les beaux-arts.

samedi 27 juin 2009

Frédéric Mitterrand fume ?



Bientôt des images montrant un poumon ravagé par le tabac ou des photos d'une bouche dont la dentition est délabrée devraient couvrir les paquets de cigarettes français. Le ministère de la Santé devrait en effet signer un arrêté au mois de septembre définissant les modalités pratiques de ces nouvelles mises en garde. Il reste encore à définir, la surface précise de ces illustrations sur les emballages (30% ou 50% ?), ainsi que la date de mise en œuvre effective. L'industrie du tabac tend à vouloir reculer le plus possible l'échéance.


Cette nouvelle mesure répond à une directive européenne que peu de pays ont appliquée, mais qui doit être mise en œuvre dans un délai de trois ans. Les paquets de cigarettes, dans un avenir proche, devraient donc faire apparaître une photo dans la partie supérieure d'une des faces du paquet et un message de prévention de l'autre côté. Les images «violentes» seront sans doute accompagnées d'informations rassurantes sur l'aide au sevrage. C'est pourquoi le numéro de téléphone de Tabac Info Service ou du site Internet pourrait figurer sur un certain nombre de paquets.


Vendredi, avant-veille de la Journée mondiale contre le tabac, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé que cette stratégie bientôt adoptée en France était incontournable. L'OMS a en effet lancé un appel pour que ces photos «chocs» soient mises en place dans tous les pays du monde, estimant que c'est une stratégie efficace pour faire reculer le tabagisme. L'OMS a invité les gouvernements «à exiger que tous les produits commercialisés contenant du tabac comportent non seulement des avertissements, mais aussi des illustrations concrètes des maladies et des souffrances causées par le tabagisme.»


Pour l'instant, en France les autorités sanitaires sont en train de faire leur choix parmi une liste de 42 photos qui lui ont été soumises par Bruxelles : outre des images de dents noircies ou des cancers du poumon, certaines évoquent l'impuissance liée au tabac par l'image symbolique d'une cigarette courbée vers le bas. « Il n'y aura pas que des images qui enfoncent le fumeur, certaines informations seront aussi rassurantes », précise Bertrand Dautzenberg, président de l'OFT, l'Office français de prévention contre le tabagisme. « C'est une mesure nécessaire. Les messages sur les paquets n'ont pas été renouvelés depuis maintenant trois ans. Au bout d'un moment, les gens ne les voient plus », constate-t-il.

jeudi 25 juin 2009

Et enfin Sollers vint dans la véranda




Ceux qui n’auraient pas été convaincus par ce bouquet de gloses, auront au moins l’occasion de se divertir en lisant l’entretien copieux de Noguez avec Sollers, crânement titré Montherlant, tel quel. On y apprend qu’après ses masques d’Artaud, de Rimbaud, de Sade, de Casanova, le sémillant directeur d’une revue qui n’aura JAMAIS cité le nom de Montherlant réussit un rétablissement spectaculaire, une sorte de faena miraculeuse: avant nous tous, il avait compris et défendu devant Mauriac (voir le Bloc-notes du 28 novembre 1958) le Don Juan de Montherlant qu’il avait trouvé «pas mal du tout». Il enchaîne sur une relecture des Jeunes filles (en montrant, signale Noguez, le tome 1 des Romans dans la Pléiade), dérive sur Lévi-Strauss, qui récupéra le fauteuil de Montherlant à l’Académie, ajoute une pincée de Nietzsche. C’est pour ça qu’on l’aime…infiniment.


dimanche 14 juin 2009

David Carradine fume



BANGKOK (AFP)


L'acteur américain David Carradine , retrouvé pendu jeudi dans la véranda de l'hôtel à Bangkok, est peut-être décédé à la suite d'un acte sexuel qui a mal tourné, a indiqué vendredi la police thaïlandaise.
"Une corde était attachée autour de son cou et une autre à son organe sexuel, et les deux étaient reliées ensemble et pendues à la penderie", a déclaré le général Worapong Siewpreecha de la police métropolitaine de Bangkok.
"Dans ces circonstances, nous ne pouvons pas être sûrs qu'il a commis un suicide, mais il a pu mourir (d'un accident) de masturbation", a-t-il affirmé.


David Carradine, héros de la série télévisée "Kung Fu" et des films "Kill Bill" de Quentin Tarantino, a été retrouvé pendu, nu, dans la véranda de l'hôtel jeudi matin à Bangkok où la police a initialement évoqué un possible suicide.
C'est une femme de ménage de l'hôtel de luxe Nai Lert Park qui a découvert le corps sans vie de l'acteur américain, âgé de 72 ans.


Carradine était à Bangkok pour le tournage d'un film, "Strech", réalisé par Charles de Meaux et produit par la société française MK2. Son décès est survenu trois jours avant la fin du tournage.
Une première autopsie a révélé que l'acteur était mort à la suite d'un brusque manque d'oxygène et que son corps ne portait aucune trace de coup, a indiqué à l'AFP un employé du service médico-légal de l'hôpital Chulalongkorn, qui a lu le rapport.
Les médecins attendent les résultats d'autres analyses sur la présence éventuelle de drogue et d'alcool dans le sang.


Porntip Rojanasunan, experte légiste qui travaille pour le ministère thaïlandais de la Justice, a déclaré que le décès avait apparemment été causé par un "accident auto-érotique".
"Ce n'est pas un suicide ou un meurtre, mais il est mort (...) après masturbation", a déclaré à l'AFP Mme Porntip.

samedi 13 juin 2009

Les nouveaux zozollers




Ce n'est pas seulement à sa pensée qu'on juge un philosophe; c'est aussi à ses actes. Et cet ultime et décisif voyage entrepris par Marcel Conche en dit autant que toute son oeuvre. En partant pour la Corse (en Clio), il se rapproche de la Grèce qu'il a tant aimée, et si bien servie, mais aussi des vignes de son enfance. Il s'éloigne des pays froids dont les philosophes, Descartes, Kant ou Hegel, ces théologiens de la raison, ont cru pouvoir enfermer le monde dans un système. Au milieu de la garrigue, il souscrit à l'idée de créativité. Dans l'ombre portée de la cavalière de Trappeur, il célèbre ce que Cicéron appelle l'amor amicitiæ et lui, «l'amical amour».



Il a enfin la preuve de ce que, tout au long de sa vie, il n'a cessé de proclamer : « la philosophie n'a rien à voir avec la quête du bonheur, lequel est très simple - il suffit d'être deux et amoureux. Laissons-lui son unique fonction : la recherche de la vérité.»


mercredi 3 juin 2009

Le repos de Sollers

Lorsque mon coeur oppressé par la fumée me demande du repos, la lecture vient à mon secours. Tous mes livres sont là sous ma main dans ma véranda : il m'en faut peu, car je suis depuis longtemps bien convaincu de la parfaite inutilité d'une foule d'ouvrage qui jouissent encore d'une grande réputation.




samedi 30 mai 2009

Sollers au volant d'un "15 tonnes de cigarettes"


Les douaniers de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne) ont saisi jeudi 15 tonnes de cigarettes de contrefaçon dans un camion et dans un entrepôt, ce qui en fait la plus importante saisie de cigarettes réalisée par la douane en 2009, a indiqué samedi le ministère du Budget.

Cette saisie, représentant 75.800 cartouches de dix paquets, d'une valeur reconstituée de 3,6 millions d'euros, a été effectuée en deux temps, selon un communiqué du ministère.

Un camion conduit par un ressortissant polonais a été contrôlé sur l'autoroute et les douaniers ont découvert dans son véhicule 9,4 tonnes de cigarettes contrefaites de marques Marlboro et Marlboro Light.

A la suite de ce flagrant-délit, les agents de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières ont localisé le dépôt de prise en charge du camion, situé en région parisienne et la perquisition de ces locaux a permis de saisir 5,7 tonnes supplémentaires, soit une saisie totale de plus de 15 tonnes, indique le communiqué.

Le chauffeur a été arrêté et a été remis au service national de douane judiciaire, qui a été désigné pour les suites judiciaires. Le ministre du Budget Eric Woerth a félicité ses services et "souligné la mobilisation exceptionnelle des services douaniers pour contrôler les mouvements de marchandises en tout point du territoire, dans le but de saisir les produits prohibés, d'arrêter les fraudeurs, et de démanteler les filières, pour porter de rudes coups aux réseaux de criminalité organisée".

En 2008, les services douaniers ont saisi en France près de 250 tonnes de cigarettes et de tabacs, dont 57.9 tonnes de cigarettes de contrefaçon, pour une valeur estimée à 59 millions d'euros.

jeudi 28 mai 2009

L'Ennui du Pigeon Voyageur

« L’artiste est quelqu’un qui ne devient artiste que là où sa main tremble, c’est-à-dire où il ne sait pas, au fond, ce qui va arriver ou ce qui va arriver lui est dicté par l’autre ».

De la philosophie, Derrida disait qu’elle est comme une carte postale, qu’on écrit dans l’intention qu’elle arrive à destination mais qui, en réalité, n’arrive pas. La carte qui arrive à destination épuise sa fonction. Elle ne vit que durant son trajet, parfois compliqué. Aussi une philosophie qui atteindrait sa destination se pétrifierait et cesserait d’être philosophie : elle doit demeurer on the road ou en vol, rester entre les destinations, toujours susceptible d’être réexpédiée ailleurs. On ajouterait volontiers qu’elle est comme l’Amour dont parle Platon dans le Banquet : un Eros chemineau, sans domicile fixe, dont le propre est de voyager, d’aller à l’aventure, pour ne point se flétrir dans un havre de paix mortel.

La philosophie de Derrida ressemblait déjà à une carte postale lorsqu’elle était in progress. Son lexique (déconstruction, différance, dissémination, graphe, marge, hymen, trace, métaphore, hospitalité…) a essaimé dans la critique littéraire, le cinéma, les sciences humaines, l’esthétique, l’architecture, l’urbanisme…
Lui-même se présentait comme un pigeon voyageur, toujours entre deux lieux, en d’autres cieux, d’autres langues, d’autres cultures, et greffait ses textes à d’autres textes, d’autres idiomes, d’autres traditions, d’autres philosophies - non pour les coloniser mais pour que des entrelacs naisse quelque chose de neuf, d’inouï. Le grand nombre d’ouvrages consacrés à Derrida atteste que ce travail d’épandage se fait encore de façon intense, comme si l’œuvre, sans son jardinier, s’extravasait à la manière de racines de bambou.

mercredi 27 mai 2009

L'Increvable Désir



S'il fallait trancher, accepteriez-vous de définir les écrivains comme les véritables créateurs du Vrai, et les philosophes, donc, comme des seconds couteaux ?
Il y a une dépendance de la philosophie, j'en suis convaincu. Des civilisations entières ont pu en faire l'économie. Alors, il faut accepter d'être un "second couteau"... Mais aussi considérer les immenses effets en retour de la philosophie, surtout dans les périodes de transition, quand se produit un changement dans le régime des vérités.
Au XVIIIe siècle, écrivains et philosophes ont inventé une nouvelle forme de la critique, et il est difficile de dire qui y a le plus contribué. Dans le cas de Rousseau, l'importance du Contrat social est flagrante, mais celle de La Nouvelle Héloïse l'est au moins autant.
Aujourd'hui, nous connaissons une période intervallaire, qui explique à la fois l'importance grandissante de la philosophie et la difficulté où se trouve la littérature, entre les anciennes conceptions avant-gardistes et la volonté de revenir à quelque chose de plus descriptif. Connaître les principaux courants de l'art littéraire est devenu ardu. Depuis le Nouveau Roman, dernière école constituée, la situation est extrêmement obscure, incertaine. Comme Ibsen le faisait dire à Julien l'Apostat : l'ancien n'est plus, le nouveau n'est pas encore.


Dans vos livres de philosophie, quand vous faites appel à des oeuvres littéraires, il s'agit généralement d'un poème ou d'une pièce de théâtre. Comme si la forme romanesque résistait à votre démarche...
Je suis un amoureux du roman, j'en lis énormément. Mais je n'ai pas trouvé le bon régime de citation du romanesque en philosophie. Au sein du texte philosophique, quand on parle d'une chose, il faut la donner à toucher au lecteur. Lorsque je présente de la mathématique ou de la poésie, je cite la forme. Que faire pour le roman ? On est toujours en train de raconter l'histoire, on passe par des considérations métapsychologiques sur l'auteur... ce qui est un rapport faible au roman. Celui que j'admire le plus, c'est Guerre et paix dans la Véranda, de Tolstoï. Pourtant, il m'est très difficile d'en parler. En tant que philosophe, je ne peux rendre raison du roman.

mardi 26 mai 2009

Sur le Motif



A Forcalquier, l’objet du délit est une photo. On y voit un tract du Comité de sabotage de l’antiterrorisme, brandi sous un interphone portant le nom de Bernard Squarcini, le patron du renseignement français. Narguer ainsi le numéro 1 des RG et de la DST, en montrant qu’on connaît sa Véranda dans le Sud, a valu une garde à vue à l’auteur de la photo et à deux couples qui l’ont diffusée par mail.
Motif : « menace de commettre un délit ou un crime ».

mardi 19 mai 2009

le don de plaire aux spécialistes





Je n'ai pas le don de plaire aux spécialistes. Pourquoi s'obstinent-ils à me poser des questions ?
Celle-ci par exemple :
Quel était votre but en peignant le Chant de la Grenouille dans la Véranda ?À cette question niaise je n'ai qu'une réponse sereine :
- Plaire aux femmes.

dimanche 17 mai 2009

Dans la Véranda de K.



La petite Véranda posée à plat dans le soleil, le barrage fait entendre un bruit paisible et continu.



vendredi 15 mai 2009

La fille dans la Véranda de Sollers



La fille de la véranda
Que je n'ai vue qu'une fois
Comment peut-on être amoureux Ajouter une image
D'une ombre blanche aux yeux bleus ?
Aux yeux bleus
Je donnerais le paradis
Pour ne pas trouver l'oubli
L'oubli
Dans ma pauvre vie
Ce soir-là, il faisait frais
J'étais peu couvert il est vrai
Je crois bien que je rêvais
Un rêve que jamais
Je ne caresserai

mercredi 13 mai 2009

Etes-vous jamais tombé amoureux de l'un de vos personnages ?


J. Harrison.- Vous préoccupez-vous de votre santé ?

Ph. Sollers - Bien sûr que oui ! Dès le matin, je commence la journée dans ma véranda avec 9 cigarettes et 9 cafés ! Ma santé n'est pas très bonne. J'ai du diabète, de l'hypertension, des problèmes cardiaques, des calculs rénaux, et un état de mélancolie permanente !

samedi 9 mai 2009

Sollers, je l'aimais sans soucis


J'ai quand même une pensée émue pour cet homme élégant et brillant qui est en train de tripoter mon avenir entre ses mains fines (l'édite ? l'édite pas ?), le jean, c'est un peu raide il faut l'avouer.

Ah... que de soucis, que de soucis.

vendredi 8 mai 2009

How now, philosopher ! (Act I Sc.I)


Laurence Fontaine repère l’influence de deux paradigmes structurants, deux économies politiques rivales. L’économie politique aristocratique apparaît comme une économie du don, fondée sur les valeurs de « l’amitié » seigneuriale et la logique de l’honneur : d’où la prodigalité, la magnificence affichée (songeons à l’héroïsation cornélienne analysée par Serge Doubrovsky), mais aussi le clientélisme et le lien de dépendance cultivé. La stratégie du don vise à maintenir un réseau d’obligés. Cette économie de la fierté prodigue s’inscrit bien sûr dans une idéologie d’Ancien Régime fondée sur la hiérarchie des rangs et des statuts : la qualité des personnes passe donc avant la qualité des biens échangés.

Le théâtre est l’un des terrains où l’on repère le plus nettement cette idéologie aristocratique : dans Timon d’Athènes (Shakespeare, 1623), un joaillier qui veut vendre un Joyau à Timon déclare que c’est à lui d’en fixer le prix… en ajoutant que bien sûr la valeur des objets est proportionnelle à la qualité de celui qui les possède : « Croyez-moi, cher seigneur, le joyau renchérit d’être porté par vous ». Dérivée de cette même éthique aristocratique, la pratique très répandue qui consiste à ne pas se faire payer comptant apparaît comme une obligation sociale visant à marquer la confiance que l’on a dans son client.

jeudi 7 mai 2009

Sollers « hors de prix »



Le dernier espace de monétisation de la valeur sentimentale des enfants est celui de l’adoption. Dans les années 1870, la seule façon d’obtenir de l’argent d’un bébé était d’en débarrasser quelqu’un. C’est ce que faisaient les « baby farmers », c’est-à-dire les nourrices, qui avaient une très mauvaise réputation, accusées de mal s’occuper des enfants. À la fin du XIXe siècle, la pratique est en déclin, les parents étant stigmatisés s’ils plaçaient ainsi leur enfant.
Cinquante ans plus tard, les parents pouvaient dépenser des milliers de dollars au marché noir pour adopter un enfant. La pratique de l’adoption ne s’est vraiment diffusée qu’à partir du moment où la valeur de travail des enfants a disparu. Leur nouvelle valeur émotionnelle a alors été monétisée et commercialisée. Un véritable marché aux enfants (éventuellement illégal et très lucratif) a vu le jour, produit de la définition non économique des enfants. Le prix d’un enfant n’était plus déterminé par sa force de travail mais par ses sourires, ses fossettes et ses boucles.
Quel que soit le type d’évaluation monétaire des enfants, Zelizer montre dans cet ouvrage que le mécanisme est identique : évaluer le prix d’un enfant par la valeur de son travail devient impossible, et c’est cela qui les rend précieux et « hors de prix ».

vendredi 24 avril 2009

Coco fume



Vêtue d’un tailleur-pantalon, la ministre de l’Intérieur s’écrie : « Et pourquoi pas une nuit du string ? » Par une sorte de réflexe féministe élémentaire, la Journée de la jupe dérange : les femmes n’ont-elles pas mis des années, des siècles à conquérir le droit au pantalon ? Les mieux renseignés sauront d’ailleurs que l’ordonnance de la préfecture de police de Paris interdisant en 1800 aux femmes de s’habiller en homme n’a jamais été abrogée. Question de décence, dans la mesure où la culotte ou le pantalon mouleraient trop les formes féminines ? Question de principe plutôt. Le principe de la différenciation symbolique des sexes est sacralisé par la religion. Il est écrit dans le Deutéronome (XXII, 5) : « Une femme ne portera pas un costume masculin et un homme ne mettra pas un vêtement de femme. Quiconque agit ainsi est une abomination à Yahvé, ton Dieu ». La confusion des sexes, annonciatrice de la fin du monde, fait partie des grandes peurs de l’Occident.

jeudi 23 avril 2009

Le "sujet" Tati fume



Dimanche, dans sa présentation, Giorgio Agamben a placé Tiqqun dans la filiation du dernier Michel Foucault. En 1983, celui-ci dénonçait la propension de la gauche à se figurer l’histoire comme un simple conflit entre l’individu opprimé et le pouvoir oppresseur.
A cette interprétation naïve, il proposait de substituer l’analyse du pouvoir comme ensemble de dispositifs sociaux (surveillance policière, politiques publiques…) dont chaque individu est constitué et à l’intérieur duquel il va se former lui-même, c’est-à-dire devenir « sujet ». Or, poursuit Giorgio Agamben, «Tiqqun va encore plus loin : pour eux, il n’y a plus de différence entre le pouvoir et le sujet. Il n’y a plus de sujet, il n’y a plus de théorie du sujet, mais seulement des "dispositifs"».


mercredi 22 avril 2009

Zébulon & Sollers


C'était l'explosion du nouvel an : chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d'une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort.

Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d'un fouet.

Comme l'âne allait tourner l'angle d'un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s'inclina cérémonieusement devant l'humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau : "Je vous la souhaite bonne et heureuse !" puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d'ajouter leur approbation à son contentement.

L'âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l'appelait son devoir.
Pour moi, je fus pris subitement d'une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l'esprit de la France.

lundi 20 avril 2009

Maurice Druon fume



À la vue du cimetière, Estaminet. - "Singulière enseigne, - se dit notre promeneur, - mais bien faite pour donner soif ! A coup sûr, le maître de ce cabaret sait apprécier Horace et les poètes élèves d'Epicure. Peut-être même connaît-il le raffinement profond des anciens Egyptiens, pour qui il n'y avait pas de bon festin sans squelette, ou sans un emblème quelconque de la brièveté de la vie."

Et il entra, but un verre de bière en face des tombes, et fuma lentement un cigare. Puis, la fantaisie le prit de descendre dans ce cimetière, dont l'herbe était si haute et si invitante, et où régnait un si riche soleil.

En effet, la lumière et la chaleur y faisaient rage, et l'on eût dit que le soleil ivre se vautrait tout de son long sur un tapis de fleurs magnifiques engraissées par la destruction. Un immense bruissement de vie remplissait l'air, - la vie des infiniment petits, - coupé à intervalles réguliers par la crépitation des coups de feu d'un tir voisin, qui éclataient comme l'explosion des bouchons de champagne dans le bourdonnement d'une symphonie en sourdine.

Alors, sous le soleil qui lui chauffait le cerveau et dans l'atmosphère des ardents parfums de la Mort, il entendit une voix chuchoter sous la tombe où il s'était assis. Et cette voix disait : "Maudites soient vos cibles et vos carabines, turbulents vivants, qui vous souciez si peu des défunts et de leur divin repos ! Maudites soient vos ambitions, maudits soient vos calculs, mortels impatients, qui venez étudier l'art de tuer auprès du sanctuaire de la Mort ! Si vous saviez comme le prix est facile à gagner, comme le but est facile à toucher, et combien tout est néant, excepté la Mort, vous ne vous fatigueriez pas tant, laborieux vivants, et vous troubleriez moins souvent le sommeil de ceux qui depuis longtemps ont mis dans le But, dans le seul vrai but de la détestable vie !"

dimanche 29 mars 2009

Bashung fume pour oublier que Sollers boit



C'est pas facile, facile de s'foutre en l'air _ Ça coûte, ça coûte, ça coûte très cher _Je vais me faire la peau, je vais me tirer la chasse d'eau _Dans les WC de mon petit studio _C'est pas facile, facile de se foutre en l'air _C'est pour les riches les somnifères _La roulette russe c'est complètement idiot _Quand on peut mourir d'un coup de chasse d'eau _Je fume pour oublier que tu bois _Je fais comme chez moi _Je renvoie la fumée sur un poster de toi _La vie c'est comme une overdose_ Tu prends tout tout de suite_ Tu en crêves et vite _Et si tu prends pas, c'est la vie qui t'a _Je suis bien, bien, très bien dans mon cagibi_ Y'a des journaux, alors j'les lis... _Ils disent que le bonheur _C'est peut-être qu'un bobard_ Je m'en fous, j'attendrai pas la fin de mon histoire _Je fume pour oublier que tu bois _Je fais comme chez moi _Je renvoie la fumée sur un poster de toi _La vie c'est comme une overdose _Tu prends tout tout de suite _Tu en crêves et vite_ Et si tu prends pas, c'est la vie qui t'a_ Oui, mais pour la tarte aux pommes, deux ou trois goldens _Un petit verre de rhum, un bâton de cannelle_ Roulez, roulez bien la pâte, introduire dans l'âtre_ Ça me coûte le goutte-à-goutte _Goûte, goûte _Je fume pour oublier que tu bois Je fume pour oublier que tu bois

lundi 16 mars 2009

Dans "Le Boudoir mystique" de Sollers



Cyd reste songeuse. Sa cigarette brûle sans elle. Elle m'embrasse de nouveau.
« Tu ne veux pas m'écrire ça ?
- Pas le temps, chérie.
- Ce serait pourtant bien... Le Boudoir mystique... Quel film ! »
Elle redescend son visage entre mes jambes. Rouvre ma braguette. Me refait bander doucement. Elle doit se projeter mentalement quelques rushes. Bande-son. Mouvements. Couleurs. Elle insiste... Elle veut absolument que je jouisse... Que je la mouille bien, là, dans sa bouche pulpeuse... Dans sa gorge, dont je touche au-dehors la peau de soie brune en train de vibrer... Que tout ce que j'ai dit soit pour elle... concrétisé, avalé...


samedi 14 mars 2009

Sollers a un oeil sur la cible, l'autre sur la Bible



Ma main a moins tremblé au tir, ce matin, peut-être parce que j'ai eu, en me réveillant, la nette sensation que mon coeur continuait à battre comme si je n'étais pas là. J'étais là quoi qu'il arrive. Je ne mourais pas. Qu'est-ce qui bat ainsi sous le coeur ? Respire dans les poumons ? Coule sous le sang ? Bande dans le sexe ? Embryonne dans l'embryon ? La Nature, chers amis, la Nature ! Le Graal ! La houle du temps !

Viva fait signe à Sollers en levant le pouce. Ce qu'elle fait elle-même est très bon. Je sens sa concentration, son souffle. Elle me tue, elle tue son mari, ses amants, ses clients. Ses yeux rient. Et puis elle sort derrière moi, met son casque, et file sur son scooter.


dimanche 8 mars 2009

Journée de la Femme


Je reviens dans la chambre. Ysia est déjà rhabillée, fume. Elle prendra un bain à son hôtel. À bientôt. Elle a évité, comme d'habitude, toute discussion, toute intimité. Elle risque gros, c'est sûr... Technique de rêve...

vendredi 6 mars 2009

" Boursouflure "




L'Origine du monde (1866), de Gustave Courbet, n'en finira semble-t-il jamais de susciter réflexions et hypothèses. Ce fleuron du Musée d'Orsay a un sujet pour le moins scandaleux : les cuisses ouvertes d'une femme allongée sur le dos dont rien du sexe n'est caché. Thierry Savatier, un spécialiste du peintre, publie la quatrième édition de son ouvrage L'Origine du monde. Histoire d'un tableau de Gustave Courbet (éditions Bartillat), en y adjoignant une postface. Il y avance que la jeune femme serait enceinte. Il pense avoir repéré sur le côté gauche de l'abdomen ce qu'il appelle une "boursouflure". Comme elle ne se voit que du côté gauche, il en déduit que ce ne peut être une simple "masse adipeuse" qui aurait été répartie de façon régulière et non dissymétrique. Des médecins, déclare-t-il encore, ont estimé que "c'était typique d'une femme enceinte" et ont même précisé qu'elle le serait de six mois.

Quelques remarques viennent à l'esprit. D'abord, il s'agit de peinture, et Courbet pourrait fort bien avoir pris plaisir à faire un peu "tourner" le volume en s'écartant d'une imitation littérale du modèle - à supposer qu'il y ait eu modèle, ce qui n'est pas établi. Ensuite, la "boursouflure" latérale est loin d'être avérée. Quant à sa dissymétrie, l'angle de vue ne permet pas d'en juger. Alors que se tenait, en 2007, au Grand Palais, la rétrospective Courbet, on avait entendu défendre avec vigueur une hypothèse au moins aussi convaincante : d'après l'état des seins de la dame, la situation serait précoïtale.

vendredi 27 février 2009

Ontologie de l’accident


«Très vite dans ma vie il a été trop tard», écrit-il.
«À 18 ans, j’ai vieilli. Je ne sais pas si c’est tout le monde, je n’ai jamais demandé. Il me semble qu’on m’a parlé parfois de cette poussée du temps qui vous frappe quelquefois alors qu’on traverse les âges les plus jeunes, les plus célébrés de la vie. Ce vieillissement a été brutal. Je l’ai vu gagner mes traits un à un, changer le rapport qui existait entre eux, faire les yeux plus grands, le regard plus triste, la bouche plus définitive, marquer le front de cassure profonde.» Philippe Sollers, à 182 ans, n’est pas mort de la vieillesse de son adolescence - mais de l’autre vieillesse, celle, «normale», lente, inexorable, du devenir, de la sénescence.



mercredi 11 février 2009

Sollers orphelin


Le 25 octobre 1977, meurt la mère de Barthes qui vivait chez lui. Du lendemain au 21 juin 1978, l’orphelin rédige sur les conséquences de cet événement des fiches, parfois extrêmement brèves, rassemblées par Nathalie Léger pour constituer ce Journal de deuil.

De même que les Fragments le montraient amoureux, Barthes est ici vu comme un endeuillé, deux positions qui, pour bon nombre de lecteurs, l’ancrent dans le réel en lui faisant partager une expérience largement connue hors du milieu intellectuel. Mais linguistique et sémiologie hantent encore Journal de deuil. «Dans la phrase " Elle ne souffre plus", à quoi, à qui renvoie "elle" ? Que veut dire ce présent ?» (29 octobre 1977). Deux jours plus tard : «Je ne veux pas en parler par peur de faire de la littérature - ou sans être sûr que ce n’en sera pas - bien qu’en fait la littérature s’origine dans ces vérités.» Le 2 avril 1978 : «Désespoir : le mot est trop théâtral, il fait partie du langage.»

C’est comme si la théorie était une digue contre l’éclatement de son deuil qui reste discret dans son rapport aux autres, comme si le langage était enfin confronté au réel. Que ce livre soit posthume empêche évidemment de savoir comment il aurait été si Barthes avait eu l’intention de le publier, d’autant plus que son rapport au lieu commun passe par les divers degrés de la langue (il ne voulait certes pas qu’on s’arrête au deuxième, seul l’infini lui semblait un chiffre honnête) et que des notes du Journal, d’apparence banale (par exemple, que la disparition de sa mère lui fait penser que lui aussi mourra «à jamais et complètement»), aurait pu être renversées (comme le fait qu’on écrit pour être aimé, dans Roland Barthes) jusqu’au moment où la banalité peut ouvrir sur une liberté.

Mais la banalité n’est certes pas ce qui caractérise ces pages émouvantes.

lundi 26 janvier 2009

Sollers est Bête



Pour vivre seul il faut être une bête ou bien un dieu - dit Aristote. Il manque le troisième cas : il faut être l'un et l'autre, il faut être - philosophe...

dimanche 4 janvier 2009

Sollers ne se plaint pas, il cultive l'hélicon du temps



J’ai choisi l’austérité et l’absence de ponctuation, parce que l’une et l’autre sont dans le latin. Mais l’époque d’Ovide Sollers est rhétorique : pour dire "faire de la poésie", on écrit "cultiver l’Hélicon" et tout le monde comprend, c’est un cliché que les gens respirent. Aujourd’hui, ces clichés ne signifient plus rien, il faut s’en débarrasser. J’ai voulu qu’un lecteur contemporain soit aussi peu arrêté par mon texte qu’un lecteur de l’époque par la langue d’Ovide Sollers. Parfois, j’ai éliminé des passages trop redondants, parfois je n’ai pas osé ou su les réduire. Il était difficile de faire passer la longueur des métaphores. Par exemple, "Si bien que soit, dans sa cage, la fille de Pandion captive…", de l’édition Garnier, devient chez moi : "On aura beau la mettre en cage/la fille de Pandion". J’ai cherché à trouver le point d’équilibre entre la justesse du sens et le naturel de l’expression.


Ovide Sollers, j’en ai l’image d’un brave homme, un poète un peu rêveur qui a sans doute vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir. Il vit en exil, dans les limbes, et il souffre. Il écrit qu’il ne veut pas errer, "fantôme romain parmi les barbares morts" : c’est pour ce genre de phrase que j’ai voulu le traduire. Il est arraché à sa femme, à tout ce qu’il aime, et ça fait 2 000 ans qu’on lui dit : "Tu te plains trop." Je rêve ! Il a raison de se plaindre et il n’en a pas honte : il vit avant la culture judéo-chrétienne, ce n’est pas mal de parler de soi, de gémir. La vertu est d’abord ce qu’on se doit à soi-même.


J’ai naturellement choisi d’unir les deux recueils sous ce même titre, Tristes Pontiques, en référence aux Tristes Tropiques de Lévi-Strauss. Ce qui rapproche les deux auteurs, c’est la présence et l’observation des "barbares", mais aussi la prescience d’un monde qui va disparaître. Ovide Sollers sent déjà la fin de Rome. Il est aux confins. Dans une lettre, il explique à son ami Maxime qu’il a cherché à lui faire un cadeau ; mais là-bas il n’y a pas d’or, pas d’artisanat, "les femmes de Tomes ne savent pas filer", "les quelques fruits qui poussent ont le goût du pays/amer", etc. Et finalement il lui envoie un carquois et des flèches : "les voici Maxime/les plumes de ce pays/voici ses livres/voici la muse qui règne ici." Ces flèches, ce carquois, cette lettre, ça me serre la gorge.