
« Soleil, vigne... Autre beau titre possible : La Véranda de Nietzsche.»(Ph.Sollers)
dimanche 30 mars 2008
F.S. ou M.H. ?

samedi 29 mars 2008
Dédé Glucksmann et le Wei Wu Wei
Dans la voie du "poignard de Wu hao", un KGB mao fabrique une "scission".
Cette thèse, très vaguement proche de certaines réalités a été probablement soufflée aux "journalistes" par leurs amis R.G, ou des gens comme André Glucksmann, qui s'était rapprochés de "La Cause du Peuple" sous les sunlights de la "gloire", au moment du combat, prestigieux, des militants emprisonnés luttant pour le statut politique. Certains (véritables) intellectuels, artistes et créateurs se sont alors réellement engagés (Sartre, jusque sur son tonneau de Billancourt, Jean-Luc Godard, Jean Cardonnel, Jane Fonda, et surtout le gaullo-maoiste chrétien Maurice Clavel, liste non limitative... et pas sollers). Ceux-là ont pris de vrais risques. Ils ont contribué à briser les cercles de la calomnie et de la haine autour de nous, et, plus généralement, des usines.Mais la plupart des autres rechignent à l'idée d'aller se "salir les mains" et se "prolétariser", à la base... Alors, pour eux, l'apparition d'une sorte de "KGB mao", ou plutôt d'une force obscure et redoutable dans la tradition du "poignard de Wu hao" (Zhou Enlaï), en charge de contre-manipulations sophistiquées et de l'éradication d'infiltrés, commence à faire sérieux. Il est temps de mettre les voiles. Ciao Glucksmann, bon vent...
Même pas besoin de te virer de la véranda, Dédé : c'est l' "agir par le non agir", le "weï wu weï" du Taoisme, principe du bidet autovideur cher aux plombiers que nous sommes.
vendredi 28 mars 2008
Tommy Udo fume
jeudi 27 mars 2008
Lolo Parisot, la Patronne des Patrons ne tremble pas

L’Occident, c’est cette civilisation qui a survécu à toutes les prophéties sur son effondrement par un singulier stratagème. Comme la bourgeoisie a dû se nier en tant que classe pour permettre l’embourgeoisement de la société, de l’ouvrier au baron. Comme le capital a dû se sacrifier en tant que rapport salarial pour s’imposer comme rapport social, devenant ainsi capital culturel et capital santé autant que capital financier. Comme le christianisme a dû se sacrifier en tant que religion pour se survivre comme structure affective, comme injonction diffuse à l’humilité, à la compassion et à l’impuissance, l’Occident s’est sacrifié en tant que civilisation particulière pour s’imposer comme culture universelle. L’opération se résume ainsi : une entité à l’agonie se sacrifie comme contenu pour se survivre en tant que forme.
L’individu en miettes se sauve en tant que forme grâce aux technologies « spirituelles » du coaching. Le patriarcat, en chargeant les femmes de tous les pénibles attributs du mâle : volonté, contrôle de soi, insensibilité. La société désintégrée, en propageant une épidémie de sociabilité et de divertissement. Ce sont ainsi toutes les grandes fictions périmées de l’Occident qui se maintiennent par des artifices qui les démentent point par point. Il n’y a pas de « choc des civilisations ». Ce qu’il y a, c’est une civilisation en état de mort clinique, sur laquelle on déploie tout un appareillage de survie artificielle, et qui répand dans l’atmosphère planétaire une pestilence caractéristique. À ce point, il n’y a pas une seule de ses « valeurs » à quoi elle arrive encore à croire en quelque façon, et toute affirmation lui fait l’effet d’un acte d’impudence, d’une provocation qu’il convient de dépecer, de déconstruire, et de ramener à l’état de doute.
L’impérialisme occidental, aujourd’hui, c’est celui du relativisme, du c’est ton « point de vue », c’est le petit regard en coin ou la protestation blessée contre tout ce qui est assez bête, assez primitif ou assez suffisant pour croire encore à quelque chose, pour affirmer quoi que ce soit. C’est ce dogmatisme du questionnement qui cligne d’un oeil complice dans toute l’intelligentsia universitaire et littéraire. Aucune critique n’est trop radicale parmi les intelligences postmodernistes, tant qu’elle enveloppe un néant de certitude. Le scandale, il y a un siècle, résidait dans toute négation un peu tapageuse, elle réside aujourd’hui dans toute affirmation qui ne tremble pas.
mercredi 26 mars 2008
" Mental oblivion "

"Paranoia set in, and I felt as if I was having a panic attack. At one point, I was simply too frightened to get out of my chair.
"I had a feeling the drug had unlocked some sort of paranoia in my head that would never go away again - I suddenly felt everyone hated me. Without doubt, that was one of the worst moments of my life."
But for this investigation she has spent the past month in Amsterdam, where she smoked around a joint of cannabis - which two years ago was downgraded from a class B to a class C drug in Britain - every day.
It is estimated that 15 million people in the UK have tried cannabis, and up to 5 million smoke it on a regular basis.
mardi 18 mars 2008
Christine Angot sait donner sa vie tout entière tous les jours

C'était un grand brun avec des yeux clairs. Mais le soir dans sa véranda, j'avais été surprise, il avait une toute petite queue, toute fine, mince, comme une virgule. On le sentait à peine.
mardi 11 mars 2008
Prendre soin de la jeunesse et de Kate Moss

Dire que « les enfants ne se construisent plus, en premier lieu, en relation avec leurs parents et les autres humains qu’ils côtoient, mais face à la télévision », paraît trop simple ou convenu. Or c’est en allant de l’un à l’autre que se dessine l’arc de la réflexion de Stiegler.
Au centre de cet arc, il y a la notion d’attention. Que signifie retenir l’attention ? A quelles conditions capte-t-on l’attention d’un individu, d’un groupe social, de l’humanité entière ? Qui ou qu’est-ce qui la capte ? Une mère saisit l’attention de son enfant, un maître de son élève - mais aussi bien un livre celle de son lecteur ou de lecteurs distribués sur des générations, un écran de télévision, un SMS, un discours politique, l’objet d’un besoin, d’un désir, d’une passion, une idéologie, une culture, un événement économique, une lutte sociale, etc. L’attention concerne donc d’abord la conscience : elle est l’état de la conscience qui se concentre sur ses propres perceptions et « néantise » tous les autres temps. Mais elle est aussi le fait de la conscience collective. Et, dans les deux cas, n’est jamais séparable ni des « rétentions secondaires », c’est-à-dire du passé (d’un individu, d’un groupe, d’un peuple…), ni des « rétentions tertiaires », c’est-à-dire ce vers quoi elle peut se projeter, ses espoirs, ses attentes
Aussi, à vouloir l’analyser, est-on contraint - et c’est ce que fait Stiegler - de convoquer la philosophie, l’histoire, la psychologie, la science, l’économie, la politique, la sociologie, l’histoire de la culture, l’histoire de l’information, la technologie - car ce qui « retient l’attention » non seulement modèle l’appareil psychique de chacun mais aussi les superstructures sociales, juridiques, culturelles, en ce qu’il s’objective dans la mémoire collective, se grave sur des objets ou des techniques (la lettre, le livre, les monuments, les codes, le film, la bande magnétique, la puce informatique, etc.) et se diffuse. Etudier donc la façon dont on a « retenu » l’attention, c’est étudier les processus de formation des individus et des sociétés, et, au-delà, chercher à savoir dans quel but on l’a fait - lequel n’est évidemment pas le même selon qu’il s’agit d’un livre sacré, d’une publicité, d’une leçon universitaire ou d’une déclaration politique.
mardi 4 mars 2008
Rambo V dit Adieu à Paris

Imaginez qu’ils reviennent, ces clients. Accoudé au zinc, vous avalez un lait fraise entre un marmot, un lanceur de marteau et un centenaire qui se détruit au Coca : adios les brèves de comptoir, adios cher Jean Carmet, la Gauloise et le p’tit blanc, au revoir M. Doisneau, à la revoyure M. Prévert, fini les bistrots où l’on rafistolait le monde au sancerre et à la fumée. Les bistrots vont être livrés aux tristes. Adieu, Paris.
vendredi 29 février 2008
Deixei de fumar

Le "Lider Maximo" aurait en effet été la cible de plus 600 tentatives d'assassinat, plus ou moins farfelues, la plupart fomentées par la CIA. Ainsi, un rapport spécial du Sénat américain, en 1975, révèle que les services secrets ont envisagé, un temps, de verser dans ses chaussures un produit chimique qui déclencherait la chute de sa barbe, ce qui aurait grandement entamé son charisme. Parmi les autres subterfuges envisagés : lui faire livrer des cigares empoisonnés dans sa véranda, ou placer un coquillage bourré d'explosifs sur son lieu de plongée habituel.
lundi 25 février 2008
La passion Smirting
jeudi 21 février 2008
"J'appartiens à ce paysage de collines"

De son vrai nom Hans Mayer, Jean Améry est né le 31 octobre 1912, à Vienne, dans une famille de la petite bourgeoise ; il perd très tôt son père à la guerre. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'une des premières évocations de la figure de Jean Améry se trouve dans une oeuvre de fiction écrite par Ingeborg Bachmann, elle-même autrichienne hors d'Autriche. Lecteur insatiable, Jean Améry avait toujours rêvé de devenir écrivain, et n'aura finalement eu le droit que d'être "le déporté professionnel", "le juif souffrant de la souffrance juive". Une première fois meurtri par les jugements condescendants portés sur son roman Lefeu ou la démolition, il est littéralement anéanti par l'échec de son Charles Bovary : "Si Bovary se plante, je saurai ce qu'il me reste à faire." Le 17 octobre 1978, Jean Améry, qui n'avait jamais voulu retourner s'établir dans son pays, se donne la mort dans une véranda d'hôtel de Salzbourg. Quelques mois auparavant, il avait écrit à Ernst Maier, son ami d'enfance : "J'appartiens à ce paysage de collines."
Un Hans Mayer finalement enfantin et jouisseur à ses heures, amoureux des femmes et de Paris, dont l'âpreté de la vie éclaire l'intransigeance de l'oeuvre, et inversement. Un Jean Améry, dont il faut relire les essais limpides et découvrir la fiction expérimentale. Quelqu'un qui éblouit dans le noir, par sa négativité et sa force de démolition, son front bosselé "à force de se cogner aux limites", comme le dirait Ludwig Wittgenstein.
samedi 16 février 2008
Ni pipe, ni cigare

Quand jouez-vous le mieux ?
Après avoir bu.
Fumez-vous beaucoup ?
Non, je fume très peu, et jamais de cigare. Ni de pipe.
Aimez-vous aller au théâtre ?
Oh, non ! Je n'aime pas sortir. Mais s'il y a une pièce de théâtre à la télévision, je la regarde.
Allez-vous au cirque ?
Je n'y suis pas allé depuis longtemps. Ça me plaisait beaucoup quand j'étais gosse : j'adorais les clowns. Je ne sais pas si maintenant cela m'amuserait encore -- c'est toujours la même connerie.
Lisez-vous ce que l'on appelle des bandes dessinées ?
Les comics ? Pas mal, mais je ne les lis pas vraiment.
Mangez-vous plutôt au restaurant, ou chez vous ?
Les deux.
Préférez-vous jouer ou dormir ?
J'aime les deux. L'idéal serait de dormir et jouer en même temps, mais c'est impossible.
Vous aimiez les filles quand vous étiez gosse ?
Comme tous les gosses.
Y a-t-il un endroit où vous aimeriez vivre ?
C'est toujours New York que j'adore ! C'est là que je suis allé à l'école; c'est là que j'ai grandi. Rien ne m'a jamais autant plu que New York. Mais, ici aussi, il faut beaucoup d'argent pour vivre. Il y a de tout à New York, des gens de tous les pays, de toutes racines. Ici, je sens les choses différemment. Toute leur vie, beaucoup de gens ne rêvent que de voyages ; moi, je ne suis pas comme ça. C'est ici dans ma véranda que je veux rester. Toujours.
Où habitez-vous exactement dans New York ?
Vers la Soixantième Rue Ouest...dans une véranda.
jeudi 14 février 2008
St.V.
mardi 12 février 2008
dimanche 10 février 2008
le COGITO n'a pas de sexe

" Mais, ayant appris, dès le collège, qu'on ne saurait rien imaginer de si étrange et si peu croyable, qu'il n'ait été dit par quelqu'un des philosophes ; et depuis, en voyageant, ayant reconnu que tous ceux qui ont des sentiments fort contraires aux nôtres ne sont pas pour cela barbares ni sauvages, mais que plusieurs usent, autant ou plus que nous de raison ; et ayant considéré combien un même homme, avec son même esprit, étant nourri dès son enfance entre des Français ou des Allemands, devient différent de ce qu'il serait s'il avait toujours vécu entre des Chinois ou des cannibales ; et comment, jusques aux modes de nos habits, la même chose qui nous a plu il y a dix ans, et qui nous plaira peut-être encore avant dix ans, nous semble maintenant extravagante et ridicule ; en sorte que c'est bien plus la coutume et l'exemple qui nous persuadent qu'aucune connaissance certaine, et que néanmoins la pluralité des voix n'est pas une preuve qui vaille rien pour les vérités un peu malaisées à découvrir, à cause qu'il est bien plus vraisemblable qu'un homme seul les ait rencontrées que tout un peuple, je ne pouvais choisir personne dont les opinions me semblassent devoir être préférées à celles des autres, et je me trouvai comme contraint d'entreprendre moi-même de me conduire."
Cette expérience cartésienne du caractère contingent de notre propre position est un premier pas. Pour un philosophe, les origines ethniques ne sont tout simplement pas une catégorie de la vérité, ou, pour le dire dans les termes kantiens, lorsque nous nous penchons sur ces origines, nous nous engageons dans un usage privé de la raison, limité par des présuppositions dogmatiques contingentes. Nous agissons comme des individus "immatures", et non comme des êtres humains libres évoluant dans la dimension de l'universalité de la raison. Nous pouvons aimer nos origines, en être fiers, sentir nos coeurs se réchauffer en revenant chez nous - mais nous devrions agir comme saint Paul qui, tout en étant fier de son identité particulière (juif et citoyen romain), était conscient que, dans le véritable espace de la Vérité chrétienne, "il n'y a ni Juif, ni Grec".
Pour la même raison, les femmes étaient des lectrices passionnées de Descartes parce que, comme l'une d'entre elles le formula, le cogito n'a pas de sexe.
mercredi 6 février 2008
Cendres II

Par la bouche du prophète, Dieu invite son peuple à “ faire demi-tour ”. Tel est le sens premier de l’expression “ se convertir ”. Se détourner d’un chemin qui mène à la perte pour s’engager sur le chemin qui mène au salut. Dieu attend du croyant plus que de belles paroles, il veut une conversion du cœur. Rappelons-nous qu’en langage biblique, le cœur est l’organe de la volonté. Le prophète s’inspire d’un passage du livre de l’Exode quand Dieu se présente à Moïse : “ Yahvé, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. ” (Ex 34, 5-6) Dieu révèle sa vraie nature. Le prophète appelle le peuple à répondre à l’amour prévenant de Dieu et à se tourner vers lui pour obtenir le pardon de ses fautes. Il croit en l’efficacité d’une prière sincère. Dieu se laissera fléchir et prendra pitié de son peuple qui ne fume plus !
lundi 4 février 2008
vendredi 1 février 2008
Nouvelle sous cocaïne

jeudi 31 janvier 2008
Repas littéraires où on fumait encore

lundi 28 janvier 2008
Signes particuliers : pas de portable ni d’ordinateur

vendredi 25 janvier 2008
Les Souvenirs d’un Messager de la Forêt Noire

mardi 22 janvier 2008
L'Innocence de Frédéric Nietzsche : La vie du devenir
En exil à la cour du roi de Prusse, amateur de bons vins et de bonne chère, vivant avec une femme légère qu'il avait apportée de France, sans pour autant négliger les avantages des Prusiennes qui s'offraient, toujours délirant, rempli de talent pour les facéties municipales, Le Michel succomba à une indigestion, mort matérialiste s'il en est. La correspondande de Sollers nous le montre également, face cachée qui dénonce l'authentique libertin, comme un personnage capable des plus grandes tristesses et des désespoirs les plus profonds.
lundi 21 janvier 2008
Ute Lemper rêve et fume sur un canapé jaune

Satisfaction d’un désir « remontant » à l’enfance ? Les rêves, ajoute Lemper, « non seulement nous alertent sur les violences en cours, et sur celles qui viennent, mais ils les analysent déjà. Ils les dénoncent en démontant leurs mécanismes. Les interpréter, c’est reconnaître la part d’analyse déjà présente dans le rêve. L’activité onirique élucide le réel, au moment même où une violence extrême obscurcit et enténèbre l’humanité ». Plus que remémoration, dépassant le cadre d’une théorie du désir, le rêve serait interprétation et traitement en acte des blessures subies, privées et publiques.
jeudi 17 janvier 2008
Un encouragment

S’il est interdit de fumer au paradis, j’en connais qui préféreront l’enfer où le feu et la fumée sont encouragés.
lundi 14 janvier 2008
Un gros manque

On dit que la musique de Nietzsche n'est pas très bonne.
jeudi 10 janvier 2008
Le "célibat énerve le corps et dégrade l'âme"

Sur l'autre versant, celui de l'angoisse, Menville de Ponsan, en 1822, stigmatise l'indifférence aux "plaisirs légitimes de l'hymen" qui conduit certaines masturbatrices à détester pour toujours les "moyens légitimes d'amortir l'aiguillon de la chair".
mardi 8 janvier 2008
L'homme (cor)rompu
dimanche 6 janvier 2008
Le monde est-il encore fait pour aboutir à un beau livre ?

C'est, en effet, également dangereux, me répondit-il, soit que l'obscurité vienne de l'insuffisance du lecteur, ou de celle du poète... mais c'est tricher que d'éluder ce travail. Que si un être d'une intelligence moyenne, et d'une préparation littéraire insuffisante, ouvre par hasard un livre ainsi fait et prétend en jouir, il y a malentendu, il faut remettre les choses à leur place. Il doit y avoir toujours énigme en poésie, et c'est le but de la littérature - il n'y en a pas d'autres - d'évoquer les objets.
Connaissez-vous les psychologues ?
Un peu. il me semble qu'après les grandes oeuvres de Flaubert, des Goncourt et de Zola, qui sont des sortes de poèmes, on en est revenu aujourd'hui au vieux goût français du siècle dernier, beaucoup plus humble et modeste, qui consiste non à prendre à la peinture ses moyens pour montrer la forme extérieure des choses, mais à disséquer les motifs de l'âme humaine. Mais il y a, entre cela et la poésie, la même différence qu'il y a entre un corset et une belle gorge...
Je demandai avant de partir à M.Mallarmé les noms de ceux qui représentent selon lui l'évolution poétique actuelle.
Les jeunes gens, me répondit-il, qui me semblent avoir fait oeuvre originale, ne se rattachant à rien d'antérieur, c'est Morice, Moréas, un délicieux chanteur, et, surtout, celui qui a donné jusqu'ici le plus fort coup d'épaule, Henri de Régnier qui, comme de Vigny, vit là-bas, un peu loin, dans la retraite et le silence de sa véranda, et devant qui je m'incline avec admiration. Son dernier livre : "Poèmes anciens et romanesques" est un pur chef-d'oeuvre.
Au fond, voyez-vous, me dit le maître en me serrant la main, le monde est fait pour aboutir à un beau livre...
vendredi 4 janvier 2008
Soller's Love
mardi 1 janvier 2008
Voici mon commencement à moi

Je suis dans la véranda de ma mère. C’est moi qui y vis maintenant. Je ne sais pas comment j’y suis arrivé. Dans une ambulance peut-être, un véhicule quelconque certainement. On m’a aidé. Seul je ne serais pas arrivé. Cet homme qui vient chaque semaine, c’est grâce à lui peut-être que je suis ici. Il dit que non. Il me donne un peu d’argent et enlève les feuilles. Tant de feuilles, tant d’argent. Oui, je travaille maintenant, un peu comme autrefois, seulement je ne sais plus travailler. Cela n’a pas d’importance, paraît-il. Moi je voudrais maintenant parler des choses qui me restent, faire mes adieux, finir de mourir. Ils ne veulent pas. Oui, ils sont plusieurs, paraît-il. Mais c’est toujours le même qui vient. Vous ferez ça plus tard, dit-il. Bon. Je n’ai plus beaucoup de volonté, voyez-vous. Quand il vient chercher les nouvelles feuilles il rapporte celles de la semaine précédente. Elles sont marquées de signes que je ne comprends pas. D’ailleurs je ne les relis pas. Quand je n’ai rien fait il ne me donne rien, il me gronde. Cependant je ne travaille pas pour l’argent. Pour quoi alors ? Je ne sais pas. Je ne sais pas grand’chose, franchement. La mort de ma mère, par exemple. Etait-elle déjà morte à mon arrivée ? Ou n’est-elle morte que plus tard ? Je veux dire morte à enterrer. Je ne sais pas. Peut-être ne l’a-t-on pas enterrée encore. Quoi qu’il en soit, c’est moi qui ai sa véranda. Je couche dans son lit. Je fais dans son vase. J’ai pris sa place. Je dois lui ressembler de plus en plus. Il ne me manque plus qu'un fils. J’en ai un quelque part peut-être. Mais je ne crois pas. Il serait vieux maintenant, presque autant que moi. C’était une petite boniche. Ce n’était pas le vrai amour. Le vrai amour était dans une autre. Vous allez voir. Voilà que j’ai encore oublié son nom. Il me semble quelquefois que j’ai même connu mon fils, que je me suis occupé de lui. Puis je me dis que c’est impossible. Il est impossible que j’aie pu m’occuper de quelqu’un. J’ai oublié l’orthographe aussi, et la moitié des mots. Cela n’a pas d’importance, paraît-il. Je veux bien. C’est un drôle de type, celui qui vient me voir. C’est tous les dimanches qu’il vient, paraît-il. Il n’est pas libre les autres jours. Il a toujours soif. C’est lui qui m’a dit que j’avais mal commencé, qu’il fallait commencer autrement. Moi je veux bien. J’avais commencé au commencement, figurez-vous, comme un vieux con. Voici mon commencement à moi. Ils vont quand même le garder, si j’ai bien compris. Je me suis donné du mal. Le voici. Il m’a donné beaucoup de mal. C’était le commencement, vous comprenez. Tandis que c’est presque la fin, à présent. C’est mieux, ce que je fais à présent ? Je ne sais pas. La question n’est pas là. Voici mon commencement à moi. Ça doit signifier quelque chose, puisqu’ils le gardent. Le voici.

